On n'a (peut-être) pas besoin d'un cheval mécanique
L'IA ne remplace pas un métier, elle le décompose. Plutôt que copier l'humain, repensons les processus et réinventons les infrastructures qui libèrent sa valeur.
Prologue : une histoire de cheval mécanique
Je veux vous raconter une histoire rapide.
Quand on a inventé le moteur à combustion interne, l'humanité s'est retrouvée face à une puissance inédite. Mais au début, l'imaginaire collectif était bloqué sur ce qu'il connaissait : le cheval.
Les premiers inventeurs et rêveurs ne pensaient pas immédiatement à des autoroutes ou à des véhicules aérodynamiques. Ils cherchaient à reproduire la traction animale. On appelait d'ailleurs les premières voitures des "voitures sans chevaux". L'unité de mesure de puissance est restée le "cheval-vapeur". On essayait de faire entrer une technologie de rupture dans un cadre mental ancien.
C'est un peu ce que je ressens aujourd'hui. Je m'explique !
Le syndrome du cheval mécanique
On parle beaucoup d’IA, de ROI, de productivité, d’automatisation. Et souvent, j’ai l’impression qu’on aborde tout ça avec une grille de lecture… qui n’est plus la bonne.
Un peu comme si, au moment où on avait inventé le moteur à combustion interne, on s’était acharné à vouloir construire un cheval mécanique. Un cheval qui marche comme un vrai, qui trotte comme un vrai, mais avec un moteur à la place du cœur. Parce que c’était rassurant. Parce que c’était ce qu’on connaissait.
Sauf que la voiture n’a jamais été un cheval amélioré. C’était autre chose. Et il a fallu des routes, des feux de signalisation, des stations-service, des assurances, un code de la route… Bref, tout un monde à reconstruire autour d’une technologie qui changeait la logique elle-même.
Je me demande si l’on n’est pas exactement dans ce moment-là avec l’IA.
On attend un “travailleur numérique”, un agent qui se comporte comme un humain, qui remplace “un job” pour faire “exactement la même chose”, dans “exactement la même structure”. Et quand ça ne marche pas du premier coup, on conclut vite que la technologie “n’est pas prête”.
Mais peut-être que le problème, ce n’est pas la technologie. C’est notre manière d’essayer de l’utiliser.
On cherche encore notre cheval mécanique.

Repenser l'infrastructure, pas l'imitation
Ce que je pense, c'est que l’IA ne remplace pas un métier, elle décompose un métier. Elle sépare les tâches, les flux, les dépendances. Elle met en lumière tout ce que l’on faisait par habitude, par inertie, parfois par tradition organisationnelle.
Et quand on la regarde comme ça, quelque chose change :
On se rend compte que le vrai potentiel ne vient pas de “faire la même chose, mais plus vite”…
Mais de repenser la manière de faire.
Oui, aujourd’hui il y a un “gap” : des modèles spectaculaires, mais une adoption qui avance en crabe.
Un moteur de Formule 1… monté sur un châssis de 1998.
Mais plus j’y pense, plus je trouve ça normal. On n’est pas en retard, on est en transition.
Le temps que les organisations digèrent, reconstruisent, apprennent à manipuler des “identités non humaines”, revoient leurs workflows, leur gouvernance, leur façon même de concevoir le travail. On construit encore les routes.
Épilogue : construire les routes
C’est pour cela que je ne m’inquiète pas trop de la “lenteur” de l’adoption réelle. C’est le temps nécessaire pour passer de l’imitation à l’invention.
C'est là que réside le cœur de ma pensée :
l’IA va nous faire progresser si on l’intègre dans nos processus actuels…
Mais elle va nous transformer si on accepte de changer ces processus.
La vraie valeur ne viendra pas du moteur. Elle viendra de la manière dont on redessine le véhicule.
On n’a pas besoin d’un cheval mécanique. On a besoin d’apprendre à conduire.
Et peut-être que la prochaine grande révolution ne viendra pas d’un nouveau modèle…
Mais de notre capacité à réinventer les rails autour.
Note : cet article est inspiré par de nombreuses conversations avec des collègues, des clients et des amis. Merci à tous ceux qui partagent leurs réflexions sur ce sujet passionnant !
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